Votre CDD se termine et votre employeur vous propose un CDI. Bonne nouvelle, sauf que cette transition peut vous coûter votre indemnité de fin de contrat. Le passage CDD en CDI et l’indemnité de fin de contrat obéissent à des règles précises, et plusieurs erreurs courantes font perdre cette prime sans que le salarié comprenne pourquoi.
Preuve de l’offre de CDI : le vrai piège juridique du passage CDD en CDI
La plupart des articles se concentrent sur la règle de base : si le salarié refuse un CDI, il perd la prime de précarité. Mais cette règle cache une question bien plus concrète. Comment prouver qu’une offre de CDI était réellement valable ?
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Un employeur qui formule sa proposition oralement, dans un couloir ou lors d’un entretien informel, crée une zone grise. En cas de litige devant le conseil de prud’hommes, une offre de CDI non écrite est très difficile à opposer au salarié. Sans trace écrite datée, l’employeur peinera à démontrer que la proposition existait et qu’elle remplissait les conditions légales.
Pour que le refus d’un CDI entraîne la perte de l’indemnité de précarité, l’offre doit porter sur un emploi identique ou similaire, avec une rémunération au moins équivalente. Une proposition faite la veille du terme du CDD, avec un poste légèrement différent ou une rémunération revue à la baisse, ne remplit pas ces critères.
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Ce que le salarié peut vérifier avant de répondre
- La proposition est-elle formulée par écrit, avec un intitulé de poste, un lieu de travail et une rémunération clairement indiqués ?
- Le CDI proposé correspond-il au même emploi ou à un emploi similaire à celui occupé pendant le CDD ?
- L’offre a-t-elle été transmise avant le terme du contrat, et non après ?
- Les conditions (horaires, classification, avantages) sont-elles au moins équivalentes à celles du CDD ?
Si l’un de ces éléments manque, le salarié conserve de solides arguments pour réclamer sa prime, même après avoir décliné la proposition.

Indemnité de fin de contrat CDD : les erreurs de timing qui changent tout
Le calendrier du passage CDD vers CDI joue un rôle déterminant sur le versement de la prime. Deux situations sont régulièrement source de confusion.
Une interruption entre le CDD et le CDI peut maintenir le droit à la prime. Quand le salarié termine son CDD un vendredi et signe son CDI le lundi suivant, la continuité semble évidente. En revanche, si plusieurs jours ou semaines s’écoulent entre les deux contrats, la logique du « passage direct » ne tient plus. Le CDD a pris fin normalement, et l’indemnité de précarité reste due.
Vous avez signé votre CDI deux semaines après la fin de votre CDD ? Ce délai peut suffire à considérer que les deux contrats sont distincts. L’employeur ne peut pas invoquer rétroactivement une continuité qui n’existe pas dans les faits.
Proposition tardive : un classique en entreprise
L’autre erreur fréquente vient de l’employeur qui attend le dernier moment pour proposer le CDI. Une offre formulée après le terme du CDD n’a aucune valeur pour supprimer l’indemnité. Le contrat à durée déterminée s’est terminé, la prime est acquise. Seule une proposition faite avant le terme du CDD peut priver le salarié de sa prime.
Prime de précarité et congés payés : deux indemnités distinctes
Beaucoup de salariés confondent l’indemnité de fin de contrat avec l’indemnité compensatrice de congés payés. Ce sont deux sommes différentes, versées sur des bases différentes.
L’indemnité de précarité compense la situation précaire liée au CDD. L’indemnité compensatrice de congés payés rémunère les jours de congé non pris pendant le contrat. Même si le CDD se poursuit en CDI, les congés payés non pris restent dus.
En pratique, certains employeurs demandent au salarié de poser tous ses congés sur les dernières semaines du CDD. Cette stratégie réduit le montant de l’indemnité compensatrice, puisque les jours sont consommés avant la fin du contrat. Le salarié a intérêt à vérifier son solde de congés et à comprendre que ces deux lignes sur le bulletin de paie ne répondent pas aux mêmes règles.
Refus de CDI après un CDD : dans quels cas la prime reste acquise
Refuser un CDI ne signifie pas automatiquement perdre la prime de précarité. La jurisprudence encadre précisément les situations où le refus n’éteint pas l’indemnité.
- Le CDI proposé prévoit un salaire inférieur à celui du CDD : le salarié peut refuser sans perdre sa prime, car les conditions ne sont pas équivalentes.
- Le poste proposé diffère sensiblement de celui occupé en CDD (autre lieu de travail éloigné, fonctions différentes, changement de classification).
- L’offre de CDI n’est pas formalisée par écrit et ne comporte pas les mentions permettant de la comparer au CDD initial.
Le refus d’un CDI ne supprime la prime que si l’offre porte sur un emploi similaire avec une rémunération équivalente. Tout écart sur ces critères redonne au salarié le droit à son indemnité de fin de contrat.

Contester la perte de l’indemnité de précarité devant les prud’hommes
Si votre employeur a retenu votre prime en invoquant une proposition de CDI que vous jugez irrégulière, le conseil de prud’hommes est compétent pour trancher. Le salarié devra apporter la preuve que l’offre ne remplissait pas les conditions légales.
Conservez tous les échanges écrits : courriels, courriers, SMS. Si la proposition était uniquement orale, notez la date, le contexte et les témoins éventuels. Un dossier solide repose sur des preuves écrites datées avant le terme du CDD.
Le délai pour saisir les prud’hommes court à partir de la fin du contrat. Ne laissez pas traîner la situation si vous estimez que votre indemnité a été retenue à tort. La charge de la preuve concernant la régularité de l’offre de CDI pèse sur l’employeur, mais un salarié qui documente sa situation renforce considérablement sa position.
Le passage d’un CDD à un CDI reste une bonne nouvelle pour la stabilité professionnelle. La prime de précarité n’est pas un dû automatique, mais elle n’est pas non plus un acquis que l’employeur peut supprimer sans respecter des conditions strictes. Vérifier la forme de l’offre, son calendrier et la cohérence du poste proposé : ces trois réflexes suffisent à protéger vos droits.

